L’explosion des contrats temporaires sur le marché du travail mondial

C’est un rapport qui devrait faire couler beaucoup d’encre. L’OIT vient de dévoiler son nouveau rapport « Emploi et questions sociales » appelé WESO (Emploi et questions sociales). Ce rapport qui a vocation à devenir annuel sera désormais la référence internationale en matière de marché du travail.

Selon le résultat de l’enquête qui regroupe les données de 84 % du marché de l’emploi mondial, près de trois travailleurs sur quatre seraient employés sous un régime temporaire ou pour une durée limitée. Ce chiffre important s’expliquant notamment par l’absence de contrat de travail ou par le travail intrafamilial.

Contrats temporaires

Un clivage nord/sud qui se résorbe en raison des formes atypiques d’emploi

Historiquement l’OIT a toujours identifié les pays dits du Sud (Afrique subsaharienne et Asie du Sud), pays en voie de développement comme des zones où le cadre juridique de la relation de travail était quasi inexistant. Ainsi, dans les pays en développement ce serait plus de six salariés sur dix qui exercent sans aucun contrat de travail.

Dans les zones plus avancées économiquement comme l’Europe centrale, c’est près de 80% des travailleurs qui bénéficient d’un contrat de travail.

Dans l’ensemble de la planète pourtant, le rapport salarial continue de progresser. De plus en plus de pays passent à des cadres juridiques définis pour définir les relations employeur/employé.

Pourtant ce développement n’est pas une garantie de longévité puisque dans le même temps, la durée d’un contrat de travail se réduit et les emplois à temps partiel ont progressé beaucoup plus vite que les emplois à temps plein ces quatre dernières années.

C’est la raison pour laquelle Guy Rider, Directeur général de l’OIT, à l’origine de ce rapport en appelle aux responsables politiques pour accompagner les salariés dans cette période où les emplois deviennent de plus en plus temporaire.

Les recommandations de l’OIT

Suite à ce rapport, l’OIT propose tout d’abord de renforcer l’investissement dans les entreprises pour favoriser des emplois plus pérennes et permettre aux travailleurs de retrouver des cadres juridiques stables.

L’OIT émet également un signal sur le régime des retraites ainsi que l’allocation chômage au sein des pays examinés. En effet, elle pointe que ces régimes de protection sociale n’ont pas encore pris le virage des formes atypiques d’emploi alors même que le phénomène de réduction de durée du contrat de travail date désormais de plusieurs années. Elle insiste également sur la quasi-absence de couverture pour les travailleurs indépendants. Sur l’ensemble des pays examinés, moins de 2 travailleurs sur 10 étaient couverts par un régime de retraite.

Une cause en amont : les chaines d’approvisionnement. Phénomène économique peu connu, les chaines d’approvisionnement sont identifiées par l’OIT comme l’un des facteurs de (in)stabilité du marché du travail mondial. Ainsi sur une quarantaine de pays qui disposent d’informations sur le sujet, l’OIT fixe que plus de 20% des emplois dépendent de la nature de ces chaines. L’OIT émet donc plusieurs propositions pour améliorer la production d’emplois tout au long de la chaine d’approvisionnement des pays en fonction de leur développement.

Les chiffres clés du rapport

+1,4% : croissance moyenne de l’emploi mondial par an depuis 2011

+0,1% : croissance moyenne de l’emploi dans les économies développées et l’Union européenne depuis 2008

17% : des salariés des pays examinés travaillaient à temps partiel pour une durée de moins de 30 heures/semaine.

52% : des employés sont affiliés à un régime de retraite

16% : des travailleurs indépendants affiliés à un régime de retraite

Accéder au rapport en intégralité : http://www.ilo.org/global/research/global-reports/weso/2015-changing-nature-of-jobs/WCMS_368645/lang–fr/index.htm

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Ponts de mai : quelles conséquences sur le temps de travail ?

Avec près d’une semaine cumulée de vacances parsemée tout au long du mois de mai, les entreprises sont particulièrement touchées par les ponts de mai.
2015 étant une année dense en ponts, quel impact sur le temps de travail des salariés à l’intérieur des entreprises ? Quel impact pour les travailleurs indépendants, maitres de leur calendrier par nature ?

Y’a-t-il trop de jours fériés ?

Ce débat qui revient régulièrement a récemment fait la une de nombreux quotidiens grand public et de sondages aux résultats parfois contradictoires.
Cependant, malgré les apparences, le système français n’octroie pas  plus de congés liés aux jours fériés que les autres pays européens : avec 11 jours, la France est dans la moyenne européenne.
L’Allemagne qui sert souvent de comparaison en termes de marché de l’emploi en attribue 9 au niveau national et chaque lander a une latitude pour en accorder d’autres.
A comparer avec d’autres statistiques sur la productivité des salarias français, l’inquiétude n’est donc pas forcément légitime.

Pour rappel, cette infographie qui précise où se situe la France dans l’ensemble européen et par rapport aux Etats-Unis.

Temps de travail

La problématique ne se poserait donc pas en termes de quantité ou de qualité de travail mais plus de désorganisation des entreprises. De nombreux salariés utilisent ces périodes pour tirer leur droit aux RTT, de nombreuses entreprises sont également contraintes de faire le pont pour éviter de ne rouvrir qu’un jour.

L’accumulation de ces décalages peut donc amener à décaler des projets voire à les retarder. Ce décalage n’étant pas forcément optimal alors que juin approche et que la fin de ce mois coïncide avec le début de l’été et donc le début… d’autres congés.

Quel impact pour les indépendants ?

Lorsqu’on est un professionnel en freelance, qu’on maitrise son agenda, la notion de reporting s’estompe considérablement. L’exercice de ses compétences en indépendant évite d’avoir à rendre des comptes à un supérieur hiérarchique mais également à des équipes d’une entreprise au sein d’un service.

Les périodes de ponts sont alors des moments de recul qui peuvent être utiles à un indépendant. Il peut en profiter pour faire de la veille dans son secteur, pour mettre à jour ses connaissances ou même travailler un document sans être interrompu par les interactions avec son client.

Les échanges de l’indépendant peuvent toutefois rapidement reprendre avec ses interlocuteurs. Ainsi, ces moments doivent être productifs car la compression des temps au sein des entreprises, et dès le retour des entreprises clientes, l’indépendant doit pouvoir gérer cette « phase de retour » où peuvent s’accumuler rapidement les demandes.

En somme, l’impact négatif des ponts sur les indépendants est assez limité, à condition qu’ils soient utilisés correctement (à moins d’avoir choisi de respecter ces ponts).

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