Le portage salarial est aujourd'hui connu de la plupart
des personnes en rupture d'emploi. Soit elles se renseignent
via Internet, soit elles reçoivent l'information
de la bouche des différents conseillers qu'elles
sont amenées à rencontrer au cours de leur
recherche.
Bien qu'il existe encore de nombreuses personnes qui passent
à côté de cette information, c'est surtout
la manière dont elle est comprise et diffusée
qui fait aujourd'hui son succès.
Pour observer attentivement les personnes qui sortent de
nos séances d'information, je peux dire qu'il existe
trois principales catégories de réactions
:
- les indéterminés : ils
stockent les renseignements qui leur ont été
donnés sans exprimer une quelconque intention –
« ça peut toujours servir », «
la séance était intéressante »
; c'était pour eux un moment enrichissant, culturel.
- les utilitaristes : « il faut faire
feu de tout bois », « il faut essayer »,
« je m'y mets demain ! ». Ceux-là vont
vite en besogne.
- les à-priori-anti : ils sont contre
ou bien ce n’est pas pour eux. « Ça n'a
rien à voir avec ce que je recherche », «
je ne me vois pas commercial », « j'ai bien
compris mais c'est pour les autres ».
C'est à ces derniers que je souhaite adresser ces
lignes car ce sont les plus difficiles à convaincre.
En effet, il faut éviter de faire l'économie
d’une réflexion positive, surtout lorsqu'on
referme des possibilités de choix telles que celles
offertes par le portage, tout en se plaignant qu'elles sont
tellement rares que les chances de retrouver un emploi sont
bien minces.
Tirer un trait définitif en classant le portage
dans les à priori « c'est du commercial »
ou « ce n’est pas dans ma manière de
concevoir le travail » ne rend pas compte des réalités
vécues par des milliers de cadres qui profitent de
cette formule soit au titre d'une transition professionnelle,
soit pour créer leur propre emploi.
Alors, concrètement, quelles sont ces possibilités
? Les deux exemples ci-dessous parlent d’eux-mêmes.
Un premier exemple pour commencer : un jeune homme
sortant d'une de ces séances d'information me fait
le commentaire suivant : « Moi je viens de l'enseignement
et je ne me vois pas rechercher mes propres missions, je
n'ai pas été formé à ça
et ce n'est pas dans ma manière de voir. »
Je lui réponds alors : « Avez-vous eu des entretiens
récemment pour un poste en CDI ? » Il me dit
: « Oui, trois. » Je reprends : « Alors,
imaginons qu'à la fin de ces entretiens, au lieu
de considérer implicitement le mode de contractualisation
comme fermé (un CDI et rien d'autre !), vous l'ayez,
au contraire, ouvert en concluant : je suis prêt à
vous rendre service de façon temporaire ou continue
au travers d'un contrat de travail ou par la facturation
d'une prestation. Est-ce que cette manière de conclure
aurait changé quelque chose ? » Il me répond
: « Non pour deux des entretiens, mais pour le troisième
je n’en suis pas certain. » Mon réflexe,
on l'imagine, fut de lui proposer de le rappeler, ce qu'il
fit. La réponse de son interlocuteur fut alors la
suivante : « Je n'y avais pas pensé, nous sommes
maintenant en juillet, mais téléphonez-moi
en septembre, j'aurai certainement quelque chose pour vous.
»
Un second exemple : un chargé de famille
avait perdu son emploi. Or, il venait juste de déménager
pour saisir cette opportunité et avait acheté
une maison. Malgré toutes ses recherches, il ne trouvait
rien ; il me disait : « Dans la région je ne
vois jamais d'offres qui pourraient me concerner. »
Ses efforts importants et pourtant bien ciblés n'étaient
pas récompensés. Après avoir été
admis dans l'atelier régional de recherche de missions,
il a pu en un mois et demi trouver un premier client. Au
lieu de vendre une « modalité unique »
: le CDI, il a proposé une expertise technique sous
divers angles : diagnostics, assistance à maîtrise
d'ouvrage, maîtrise d'œuvre d'opération,
formations et, pourquoi pas, s'il s'agit en fait d'un emploi
(si la mission doit comporter un lien de subordination au
sens juridique du terme), un CDD, un CDI ou un contrat d'intérim.
Cette manière d'envisager les possibilités
d'échanges avec les interlocuteurs de l'économie
régionale a décuplé ses possibilités.
Loin du stéréotype du commercial qui doit
« se vendre », les solutions apportées
par le portage salarial sont pragmatiques. Elles permettent
de rester en selle, de développer et de conserver
son employabilité du simple fait qu'il y a plus de
missions que d'emplois.
Roland Bréchot
Directeur Général de l'Institut
du Temps Géré
¹ Notons que les experts portés
se situent sur un marché différent où
la demande n’est générée que
par la rencontre d’une capacité et d’un
besoin. Elle ne fait pas l’objet de publicité
préalable, il s’agit d’un marché
d’offre.
² Gestion Prévisionnelle des
Emplois et des Compétences.
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