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Le TJM moyen des salariés portés frôle les 500 euros

Par Kévin GAILLARDET
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Nous vous l’annoncions dans notre article sur les chiffres clés du rapport de branche 2026 : le portage salarial continue de grandir. 2,42 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2023, + 18 % en un an. Jolie performance.

Mais un chiffre nous a fait tiquer. Sur la même période, le nombre de salariés portés n’augmente que de 5 %. Le chiffre d’affaires grimpe donc plus de trois fois plus vite que les effectifs. Les entreprises de portage auraient-elles trouvé une formule magique ? Pas vraiment. L’explication est plus simple, et plutôt réjouissante pour les salariés portés : ils ont travaillé davantage, et chaque heure leur a rapporté plus.

De quoi porter leur TJM moyen à environ 493 euros. On fait les comptes ?

Petit rappel avant de commencer

Les données du rapport de branche 2026 portent sur l’année 2023. Elles sont issues des déclarations sociales des entreprises de portage, traitées par l’Insee. C’est ce qui les rend fiables, et c’est aussi ce qui explique leur décalage de deux à trois ans.

Seule exception : le questionnaire adressé aux entreprises de portage, qui porte sur 2025. Nous y reviendrons en fin d’article.

30 663 euros par an : un chiffre à ne pas lire trop vite

+ 12 % en un an, après + 17 % l’année précédente. La rémunération brute annuelle moyenne des salariés portés atteint 30 663 euros en 2023.

Comparé au salaire d’un cadre à temps plein, le montant peut faire sourciller. Mais comparer les deux, c’est comparer des choux et des carottes. Nous l’expliquions déjà l’an dernier : un salarié porté ne passe pas son année en mission. Prospection, propositions commerciales, réseau, formation, intermission… Tout ce temps-là n’est pas facturé.

Les chiffres le confirment : 756 heures travaillées en moyenne en 2023, soit 6 % de plus qu’en 2022. C’est encore moins de la moitié d’un temps plein (1 607 heures par an).

Et derrière la moyenne, deux mondes cohabitent. 40 % des salariés portés ont travaillé moins de 400 heures dans l’année, l’équivalent de moins de trois mois à temps plein. À l’opposé, 17 % ont atteint ou dépassé 1 600 heures : un temps plein, ou presque. Entre le consultant qui fait ses premiers pas en portage et l’expert IT en régie toute l’année chez son client, la moyenne fait le grand écart.

L’heure de mission vaut toujours plus cher

Pour comparer ce qui est comparable, mieux vaut regarder ce que rapporte une heure de travail. En 2023, la rémunération brute horaire moyenne atteint 40,50 euros, en hausse de 6 %. Autre indicateur du rapport, la rémunération brute moyenne en équivalent temps plein s’établit à 73 908 euros, elle aussi en hausse de 6 %.

Bon à savoir : en 2016, l’heure de mission rapportait en moyenne 27,90 euros bruts. Elle a progressé de 45 % en sept ans.

Combien facture un salarié porté ?

Le rapport de branche ne nous donne pas directement le taux journalier (TJM) d’un salarié porté. Mais il nous fournit de quoi le reconstituer.

Petit point méthodo. Les auteurs du rapport calculent le chiffre d’affaires du secteur à partir de la masse salariale versée aux salariés portés. Il suffit de faire le chemin inverse, à l’échelle d’une journée de mission :

  • on part de la rémunération brute horaire moyenne (40,50 euros) ;
  • on la multiplie par 7 heures, une journée type ;
  • on ajoute 45 % de cotisations patronales et 15 % pour les frais professionnels et l’épargne salariale ;
  • on tient compte de frais de gestion moyens de 8 % du chiffre d’affaires.

Résultat : on obtient environ 493 euros.

À noter : il s’agit d’une moyenne estimée, pas d’un tarif de référence ni d’un minimum. Votre TJM dépend de votre métier, de votre expérience, de la durée de la mission, de votre localisation… et de vos talents de négociateur.

Le TJM moyen progresse ainsi de 6 % sur un an (467 euros en 2022) et de 45 % depuis 2016 (environ 340 euros). Pas une seule baisse en sept ans.

Plus d’heures, et des heures mieux payées

2022 avait été l’année des prix : l’heure de mission avait bondi de 12 %. En 2023, la croissance avance sur ses deux jambes : + 6 % d’heures travaillées, + 6 % sur la rémunération horaire. Les deux effets se cumulent, d’où les + 12 % de rémunération annuelle.

Voilà notre énigme de départ résolue. Le chiffre d’affaires du secteur ne progresse pas de 18 % seulement parce qu’il y a plus de salariés portés. Il progresse parce que chacun d’eux travaille plus, et à un meilleur prix.

Près d’un salarié porté sur trois dépasse 40 000 euros

En 2023, 13 926 salariés portés ont perçu au moins 40 000 euros bruts, soit 31 % des effectifs. Ils étaient 26 % un an plus tôt, et 21 % en 2021. La progression est nette.

À l’autre bout de l’échelle, 34 % ont perçu moins de 10 000 euros dans l’année. Faut-il y voir des consultants qui bradent leurs tarifs ? Pas forcément. Une arrivée en cours d’année, une activité d’appoint ou quelques missions seulement suffisent à expliquer un petit montant annuel.

Femmes et hommes : un écart qui se resserre… lentement

C’est le chiffre que nous scrutons chaque année. En 2023, les femmes perçoivent en moyenne 37,20 euros bruts par heure, contre 41,90 euros pour les hommes. Soit un écart de 11 %.

15 % en 2021, 12 % en 2022, 11 % en 2023 : ça bouge, mais lentement.

Et l’écart horaire n’est que la moitié de l’histoire. Les femmes ont aussi travaillé moins d’heures en moyenne (653 heures, contre 811 pour les hommes). Les deux effets s’additionnent : 24 315 euros de rémunération annuelle moyenne pour les femmes, 33 998 euros pour les hommes. L’écart grimpe alors à 28 %.

Même constat dans les tranches de rémunération : 22 % des femmes ont dépassé 40 000 euros bruts en 2023, contre 35 % des hommes. À l’inverse, 43 % des femmes ont gagné moins de 10 000 euros, contre 30 % des hommes.

Comment l’expliquer ? Métier, secteur, expérience, durée des missions, TJM négocié : impossible de démêler ces effets avec les seules données de l’Insee. Nous appelions l’an dernier à une étude qualitative sur le sujet. L’appel tient toujours.

500 euros, c’est pour bientôt ?

À 493 euros, la barre symbolique est à portée de main. Et la régularité de la courbe depuis 2016 envoie un message clair : le portage grandit sans que les salariés portés bradent leurs prix.

Mais ne vendons pas la peau de l’ours. 67 % des entreprises de portage ayant répondu au questionnaire de branche ont constaté un allongement des périodes d’intermission en 2025.

En 2023, le prix et le volume horaire allaient dans le bon sens. Rendez-vous l’an prochain pour savoir si c’est encore le cas.

Kévin GAILLARDET
Kévin GAILLARDET
Rédacteur en portage salarial

Expert des formes alternatives d’activité, j’écris sur le portage salarial, l’emploi et ses évolutions. J’accompagne les entreprises de portage et la branche depuis sa création, notamment en réalisant chaque année le rapport de branche du portage, panorama statistique du secteur.