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Portage salarial : vers les 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires

Par Kévin GAILLARDET
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Chaque année, le rapport de branche permet de prendre le pouls du portage salarial. L’édition 2026 confirme une nouvelle année de croissance pour le secteur : le chiffre d’affaires progresse de 18 %, le nombre de salariés portés continue d’augmenter et près de 600 entreprises de portage sont désormais actives en France.

Mais derrière ces nouveaux records, le marché change aussi de rythme. Les données de l’Insee portent sur 2023, une année encore très dynamique, tandis que les réponses recueillies auprès des entreprises de portage décrivent une situation plus contrastée en 2025 et 2026.

On fait le point.

 

Des données fiables, avec un décalage dans le temps

Commençons par un petit point de méthode. Les principales statistiques de l’édition 2026 portent sur l’année 2023, dernière année disponible auprès de l’Insee.

Pour réaliser le rapport, La Faabrick Cherdet transmet à l’Insee une liste consolidée d’entreprises de portage salarial. L’Institut produit ensuite des données agrégées à partir des déclarations sociales nominatives de ces entreprises. Cette méthode permet de disposer de chiffres solides sur l’emploi, les rémunérations et le temps de travail, mais elle entraîne nécessairement un décalage avec la situation actuelle du marché.

Le questionnaire adressé aux entreprises de portage apporte un éclairage plus récent. Pour l’édition 2026, 48 réponses ont été recueillies. Elles couvrent 124 entreprises et 13 273 salariés portés, soit environ 30 % des effectifs du secteur.

2,42 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2023

Le chiffre d’affaires estimé du portage salarial atteint 2,42 milliards d’euros en 2023, en hausse de 18 % sur un an.

Le secteur avait franchi le milliard d’euros en 2018, puis les 2 milliards en 2022. En un an, il a ainsi gagné près de 370 millions d’euros de chiffre d’affaires. Depuis 2020, le marché a presque doublé : sa croissance atteint 91 % en trois ans.

Cette estimation n’est pas directement fournie par l’Insee. Elle est reconstituée par les auteurs du rapport à partir de la masse salariale brute versée aux salariés portés, en intégrant les cotisations patronales, une enveloppe dédiée notamment aux frais professionnels et aux dispositifs d’épargne, ainsi que les frais de gestion moyens des entreprises de portage.

 

La croissance ne vient pas seulement de nouveaux salariés portés

Le nombre de salariés portés poursuit sa progression, mais à un rythme plus modéré que le chiffre d’affaires. L’Insee recense 45 439 salariés portés en 2023, soit une hausse de 5 % sur un an.

Dans le même temps, la masse salariale brute versée par les entreprises de portage progresse de 18 % et atteint 1,39 milliard d’euros.

Ce décalage est l’un des principaux enseignements du rapport. La croissance de 2023 ne repose pas uniquement sur l’arrivée de nouveaux salariés portés. Elle s’explique aussi par une activité plus soutenue en moyenne par salarié et par une nouvelle hausse de la rémunération horaire.

Les salariés portés ont travaillé en moyenne 756 heures en 2023, contre 714 heures en 2022. Leur rémunération brute horaire moyenne atteint quant à elle 40,50 euros, en hausse de 6 %.

Autrement dit, le secteur grandit grâce à trois moteurs : davantage de salariés portés, davantage d’heures en mission et une rémunération horaire plus élevée.

574 entreprises de portage actives : un marché toujours très fragmenté

Le nombre d’entreprises de portage salarial actives progresse encore plus rapidement que les effectifs. On en compte 574 en 2023, contre 518 en 2022, soit une hausse de 11 % en un an.

Depuis 2015, leur nombre a été multiplié par 2,5.

Attention toutefois à ne pas confondre entreprise et acteur du portage. Une entreprise correspond ici à un numéro SIREN. Certains groupes organisent leur activité au sein de plusieurs sociétés, par métier ou par zone géographique. Les 574 entreprises recensées ne représentent donc pas nécessairement 574 acteurs ou marques différentes.

Le nombre d’entités progresse ainsi deux fois plus rapidement que celui des salariés portés : + 11 % contre + 5 %. Cette évolution ne permet pas de mesurer directement le nombre d’acteurs, mais elle confirme la fragmentation du marché. En 2023, 93 % des entreprises comptent moins de 250 salariés portés et 90 % réalisent moins de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Le rapport dessine donc un paysage composé d’une majorité de structures de petite ou moyenne taille, malgré les rachats et les regroupements observés ces dernières années. Pour les EPS, cette multiplication des entités renforce aussi l’enjeu de différenciation dans un marché de plus en plus concurrentiel.

Le CDI devient la norme, sans faire disparaître la mobilité

Le rapport 2026 confirme aussi plusieurs évolutions de fond.

En 2023, 70 % des salariés portés sont en CDI. Cette proportion n’était que de 49 % en 2017. Le CDI est donc devenu la forme de contrat dominante dans la branche.

Cela ne signifie pas que les salariés restent durablement dans la même entreprise de portage. D’après le questionnaire 2026, 62 % ont moins de deux ans d’ancienneté au sein de leur EPS. Le CDI s’impose, mais les parcours restent mobiles.

Le secteur s’est également rajeuni. 41 % des salariés portés ont 40 ans ou moins, alors que le dispositif a longtemps été associé aux cadres expérimentés en deuxième partie de carrière.

Enfin, le portage est bien implanté dans les territoires : 56 % des salariés portés résident hors d’Île-de-France.

Des records en 2023, davantage de prudence pour 2026

Les chiffres de 2023 dessinent un secteur en forte croissance. Les réponses au questionnaire invitent néanmoins à ne pas prolonger automatiquement cette tendance jusqu’en 2026.

67 % des entreprises interrogées déclarent avoir constaté un allongement des périodes d’intermission en 2025, dont 31 % de manière significative. Pour 2026, 48 % se disent optimistes ou plutôt optimistes, tandis qu’une entreprise sur deux prévoit une activité stable ou orientée à la baisse.

Le portage salarial continue donc de gagner du terrain, mais il évolue dans un environnement économique plus incertain. Le prochain rapport permettra de mesurer si le ralentissement ressenti par les entreprises constitue une simple pause après les années de forte croissance post-Covid ou le début d’un changement de cycle.

👉 Retrouvez le rapport de branche 2026 complet

Kévin GAILLARDET
Kévin GAILLARDET
Rédacteur en portage salarial

Expert des formes alternatives d’activité, j’écris sur le portage salarial, l’emploi et ses évolutions. J’accompagne les entreprises de portage et la branche depuis sa création, notamment en réalisant chaque année le rapport de branche du portage, panorama statistique du secteur.