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Et si le portage salarial était la bonne réponse pour les freelances en 2026 ?

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Les possibilités d’être à son compte en France sont pléthoriques. Mais si comme nous vous suivez de près l’actualité de l’écosystème freelance, vous n’avez pas pu passer à côté des remous qui ont traversé la sphère entrepreneuriale en 2025.

Entre les menaces de changements de règles pour les microentrepreneurs chaque année au gré du vent et des lobbying (dernier exemple en date avec la TVA), un contexte économique digne des plus grandes montagnes russes et un gouvernement schizophrène qui tout en valorisant à grand coup de com l’entrepreneuriat en France prive sa principale rampe de lancement en durcissant les règles de l’assurance chômage, difficile de ne pas avoir des sueurs froides quand on se lance dans une des plus belles aventures personnelles !

Dans ce contexte le parcours de l’entrepreneur classique ressemble de plus en plus à une traversée du désert, en moonwalk, et en Havaïanas.

Dans ce contexte, je vous le dis, le portage salarial n’a peut-être jamais été aussi pertinent 😉

Le micro-entrepreneur, vivre sous l’épée de Damoclès législative

Les chiffres ne mentent pas : la micro-entreprise reste une formidable porte d’entrée vers l’indépendance et le monde du freelancing. Plus d’un million de Français l’ont encore plébiscité en 2025 (attente des derniers chiffres mais selon les trajectoires des 8 premiers mois, peu de doute). Mais si sa principale force est sa simplicité, c’est aussi son talon d’Achille : souvent attaqué par des opposants farouches qui se sentent floués en raison justement de cette simplicité, parce qu’ils seraient eux plus contraints et donc concurrencés de manière déloyale.

Et ces attaques font parfois mouche. Nous avons suivi, comme beaucoup, la saga de la TVA de près. En résumé très très rapide, début 2025, avec le projet de loi de finances (PLF), il était prévu un abaissement du seuil de franchise de TVA à 25 000 euros pour les microentrepreneurs… Tollé général, et belle défense de l’UAE et la FNAE que nous saluons, qui a entraîné une suspension sans modification de la loi. Pendant des mois : le texte dit une chose, l’administration dit l’inverse. La loi Midy de novembre 2025 rétablit les anciens seuils. Clap de fin politique ensuite le 22 décembre 2025 quand la ministre de l’époque Amélie de Montchalin annonce que la réforme ne sera pas dans le budget 2026. Mais combien de sueurs froides ?

On ne parle pas d’un ajustement technique. On parle d’un régime qui concerne des millions de personnes et dont les règles fondamentales peuvent basculer au détour d’un amendement budgétaire.

Pour mieux comprendre le sujet, nous vous renvoyons vers nos collègues de l’Archipel qui ont interviewé Hervé Novelli, fondateur du régime qui nous mettaient en garde contre ces mouvements de bascule avant que le seuil de TVA ne soit proposé dans le PLF 2025… Des propos prophétiques.

Assurance chômage : la fin d’un filet de sécurité pour les créateurs

En novembre 2024, Thibaut Guilluy, directeur général de France Travail, déclarait fièrement à Maddyness : « Nous sommes le premier business angel de France. » Et les chiffres lui donnaient raison : 700 000 demandeurs d’emploi envisageaient alors de créer leur entreprise, et plus de 300 000 avaient franchi le pas l’année précédente. L’institution revendiquait ce rôle, allant jusqu’à organiser en novembre 2025 une semaine entière dédiée à l’entrepreneuriat, baptisée Re’Start, avec près d’un million d’inscrits engagés dans un projet de création.

Le paradoxe, c’est que quelques mois plus tôt, la nouvelle convention d’assurance chômage du 15 novembre 2024, agréée le 19 décembre et applicable depuis le 1er avril 2025, venait en contradiction de cette belle affirmation.

Pour comprendre ce qui change, un rappel s’impose. Quand un demandeur d’emploi indemnisé décide de créer son entreprise, France Travail lui propose deux options au choix, incompatibles entre elles :

  • La première, l’ARE (Allocation d’aide au Retour à l’Emploi), permet de continuer à toucher ses allocations chaque mois en complément des revenus de sa nouvelle activité. Le montant s’ajuste : si l’entrepreneur ne se rémunère pas encore, il perçoit la totalité de son allocation. S’il commence à gagner sa vie, elle diminue proportionnellement. C’est le filet de sécurité progressif, idéal pour les démarrages lents.
  • La seconde, l’ARCE (Aide à la Reprise ou à la Création d’Entreprise), fonctionne comme un capital de départ : le créateur perçoit 60 % de ses droits restants en deux versements (la moitié au lancement, l’autre six mois plus tard), en échange de quoi il renonce à l’ARE mensuelle. C’est l’option investissement, pour ceux qui ont besoin de trésorerie immédiate.

Ces deux dispositifs ont joué un rôle déterminant dans la création d’entreprise en France et c’est ce qui a valu la déclaration de Monsieur Guilluy.

Selon l’Unédic, environ trois créations d’entreprise sur dix sont réalisées grâce à ces aides, et deux tiers des bénéficiaires les jugent déterminantes pour mener à bien leur projet. En 2021, l’Unédic a dépensé 2,8 milliards d’euros pour accompagner ces créateurs, soit 7,3 % de ses dépenses d’indemnisation. En 2022, avec le record de créations (près de 1,1 million), la facture a grimpé à plus de 4 milliards d’euros.

C’est précisément cette trajectoire qui a conduit les partenaires sociaux à resserrer les vannes et vouloir éviter « les effets d’aubaine », terme que l’on appréciera moyennement quand on sait ce que l’aventure entrepreneuriale réclame comme engagements et sacrifices.

On notera trois changements majeurs depuis le 1er avril 2025 pour les demandeurs d’emploi créateurs ou repreneurs d’entreprise dont la fin de contrat de travail est intervenue à compter du 1er avril 2025 :

  • Le cumul ARE et activité non salariée est désormais plafonné à 60 % des droits restants, contre 100 % auparavant. Si vous disposez de 18 mois d’allocations au moment de lancer votre activité, vous ne pourrez les percevoir que pendant environ 11 mois. Les 40 % restants pourront être débloqués sur demande auprès de l’Instance Paritaire Régionale, mais uniquement en l’absence totale de revenus tirés de l’activité.
  • L’ARCE voit son second versement conditionné. Jusqu’au 31 mars 2025, il suffisait de prouver que l’entreprise était toujours en activité six mois après le premier versement. Désormais, le second versement est annulé si le bénéficiaire exerce un CDI à temps plein.

Surtout, la reprise des droits ARE après ARCE devient beaucoup plus restrictive. Avant la réforme, un entrepreneur dont le projet ne décollait pas pouvait demander la reprise de ses allocations tout en conservant sa structure. C’est terminé : la cessation effective et complète de l’activité est désormais obligatoire. Tant que l’entreprise existe juridiquement, aucune reprise de droits n’est possible. Et même en cas de cessation, un différé s’applique avant le versement, ce qui n’existait pas auparavant.

Pour en savoir plus, c’est par ici.

Le « premier business angel de France » continue donc d’encourager la création, mais avec un porte-monnaie sensiblement réduit. Le filet de sécurité se resserre, et ceux qui n’ont pas d’épargne y réfléchiront à deux fois avant de se lancer avec un statut qui les expose directement. C’est précisément là que le portage salarial entre en scène.

Le portage salarial : une sécurité durement mais sûrement acquise

Pendant près de 20 ans, le dispositif né à la fin des années 80 a connu des hauts et des bas, et de nombreux remous, notamment juridiques.

Pour parfaire la sécurisation du secteur, des choix aussi audacieux que courageux ont été faits. Afin de pérenniser et de s’assurer de la prise en compte des spécificités de ce statut, les partenaires sociaux ont choisi de conclure une convention collective de branche dédiée aux salariés en portage salarial, signée à l’unanimité, le 22 mars 2017.

Depuis, le secteur, en constante expansion, bénéficie d’une forme de « sanctuarisation ». Il connaît une croissance annuelle moyenne de 20 %.

En France, une convention de branche est gage à la fois de crédibilité auprès des pouvoirs publics, de stabilité législative et donc de pérennité dans le temps. Ce sont les acteurs du secteur, organisations syndicales et patronales qui décident, mutuellement, de l’avenir de la profession.

Aujourd’hui ce choix historique porte ses fruits, le portage salarial est à la fois synonyme de stabilité et de performance :

Protection sociale complète : régime général, retraite, prévoyance, mutuelle, et surtout assurance chômage de droit commun. Pas à 60 % de ses droits avec un plafonnement. En cas d’arrêt, le consultant porté retrouve ses droits comme n’importe quel salarié.

Sérénité fiscale : pas de saga TVA, pas de déclarations Urssaf, pas de CFE. La société de portage gère et s’occupe de tout. Le consultant porté freelance facture et exerce son métier.

Autonomie réelle : le salarié porté choisit ses missions, négocie ses tarifs, organise son temps. L’autonomie est constitutive du statut, c’est même dans sa définition.

Si le dispositif ne représente « que » 50 000 salariés portés face à des millions de micro-entrepreneurs, ce n’est pas un problème de pertinence. C’est un problème de visibilité. Combien de conseillers France Travail le présentent comme une option crédible ? Le travail de pédagogie reste immense, mais les organisations patronales du secteur comme le PEPS œuvrent pour faire mieux connaître le dispositif.

Il faut comprendre qu’entreprendre protégé, ce n’est pas entreprendre à moitié.

Quand l’État change les règles de la TVA tous les six mois, quand l’assurance chômage réduit son soutien aux créateurs, le portage salarial offre quelque chose de rare : la stabilité. Et en 2026, la stabilité est peut-être le bien le plus précieux qu’on puisse offrir à quelqu’un qui veut entreprendre.