Le CFO ou Chief Freelance Officer : véritable enjeu RH ou effet de mode ?

Publié le 11/07/2019

Réel besoin ou simple effet mode, le « Chief Freelance Officer » (CFO), le « responsable des indépendants » en bon français, fait de plus en plus parler de lui… jusqu’à s’inscrire durablement dans le paysage RH ? Décryptage du Guide du Portage !


Si elle n’utilise pas cette terminologie, Patricia Leighton[1] expliquait déjà les raisons de l’émergence de ce profil en 2007 dans « Out of Shadow : Managing self-employed, agency and outsourced workers ».

Elle y décrit l’augmentation de la part des travailleurs non-salariés (freelances, intérimaires, consultants externes…) au sein de nombreuses organisations et, le peu d’attention portée à leur égard par les services des ressources humaines.

En s’appuyant sur des études de cas (principalement en France, Belgique, Australie et Angleterre) et, de nombreux témoignages de managers et de responsables des ressources humaines, elle démontre la nécessité de mieux les prendre en compte pour assurer une collaboration réussie dans la durée. Comment les intégrer ? les manager ? les motiver ? Patricia Leighton interroge ces nouveaux défis managériaux liés aux mutations de l’emploi.

L’émergence du poste de CFO est-il une réponse à ce mouvement ? Il a au moins le mérite de mettre en lumière la nécessité, pour une entreprise, d’assurer un suivi de ses ressources externes.

Chief freelance officer : un nouveau poste pour faire face à de nouveaux enjeux ?

Mutation du « marché » du travail et de l’emploi, développement des technologies du numérique dans la société et les entreprises, personnes en quête d’autonomie, de liberté et de sens… S’il est déjà difficile de mesurer l’importance de tous ces mouvements et leur force (sans parler de leur avenir), on peut concrètement mesurer l’une de leurs conséquences : la tendance des entreprises à faire appel à un nombre toujours plus important de ressources externes.

Bien sûr, l’externalisation n’est pas nouvelle, et la sous-traitance est un mécanisme bien connu des entreprises. En revanche, travailler avec des freelances (qui exercent leur activité en solo, en statut de micro entreprise souvent, ou en portage salarial parfois) est quant à lui un phénomène plus récent. Et chaque nouveauté apporte son lot de questionnements.

Comment « bien recruter » mes freelances, et à qui m’adresser (plateformes, cabinets spécialisés) ? Quels sont les risques juridiques (requalification en contrat de travail, dépendance économique…) ? Qui doit les recruter : mon service achat ou mon service RH ? Quel est le nombre de freelances dans mon entreprise ? Comment les gérer au quotidien et comment les fidéliser ?

Aujourd’hui, chaque entreprise donne des réponses différentes à ces questions. Si le Chief Freelance Officer n’est pas LA réponse miracle, le concept qu’il sous-tend peut aider les entreprises à répondre à un vrai sujet : mieux gérer et appréhender son collectif de travail au sens large pour mieux se développer économiquement et socialement.

Témoignage : c’est quoi un CFO en pratique ?

Nous avons interrogé plusieurs CFO qui ont partagé avec nous les besoins des entreprises avec lesquelles ils ont travaillé. Ils arrivent tous à la même conclusion :

En France, où l’acculturation est encore lente sur ces sujets, sans surprise ce sont les enjeux juridiques qui prédominent face par exemple aux risques de requalification qui pèsent sur les entreprises qui embauchent. L’externalisation est un sujet sensible à juste titre dans les entreprises et, il faut donc bien préparer ces recrutements en interne pour que cela fasse sens avec le collectif de travail déjà présent. Un Chief Freelance Officer a potentiellement ce rôle d’explications à jouer.

Le CFO ou le « manager des freelances » répond également à une réalité : (bien) manager une équipe et (bien) gérer un projet est déjà utile en soi, quel que soit le statut des personnes. Cela ne nécessite pas forcément de lien hiérarchique ou un lien de subordination. Et c’est sûrement là un des rôles les plus importants de ce poste émergent qui tente de trouver ses marques.

Un des CFO interrogés résume parfaitement cette problématique :

Quand vous devez manager des freelances, une dimension importante à appréhender est le fait que vous n’ayez pas de lien hiérarchique avec eux, on sort du cadre hiérarchique classique et du management horizontal. Cela réclame une capacité d’écoute et d’adaptation forte et une bonne connaissance du monde des freelances et de leur mode de fonctionnement.

Un poste qui demande beaucoup de qualités…

Quel profil supposé pour ce poste encore en devenir ?

Le CFO doit-il lui-même être freelance pour s’assurer qu’il parlera « le même langage » que les personnes qu’il doit manager ? Faut-il faire monter en compétence ses propres collaborateurs qui ont déjà la culture de l’entreprise ? Chaque entreprise donnera sa propre réponse en fonction de ses besoins, de l’appétence de ses équipes à tenter ce type de poste et, de ses moyens bien évidemment.

Ce qui est certain, c’est que cette fonction « nouvelle et émergente » requiert potentiellement des compétences variées allant du recrutement (dimensions sourcing, juridique et RH), en passant par des capacités d’organisation et de management éprouvées. En effet, le CFO doit assurer la gestion quotidienne de plusieurs types de profils (souvent dans la tech aujourd’hui mais pas uniquement) dont il doit connaître le fonctionnement et le langage, mais aussi diriger plusieurs projets en même temps et ce, en toute autonomie. Rien que ça ?! Eh bien non, le CFO doit aussi et surtout être une véritable courroie de transmission entre les indépendants et les managers, les directions des ressources humaines et la direction des achats suivant les cas. Enfin, il ne faut pas oublier son rôle de fidélisation des freelances qui ont une ou des compétences clés pour l’entreprise.

Encore pas mal de questionnements, mais des réponses se profilent déjà.

Lise Slimane, jeune entrepreneuse de 30 ans, travaille dans l’économie freelance depuis 5 ans. Elle a d’abord co-fondé Captiz, une plateforme de sous-titrage collaboratif en ligne. Au sein de cette startup, elle a étudié les candidatures de plus de 700 traducteurs indépendants, et supervisé plus de 1 000 missions de freelances.

C’est cette expérience unique qu’elle a décidé de partager en créant la première formation CFO en France, dans son école en ligne « La minute Freelance » dédiée aux mutations du marché du travail. De quoi donner un premier contour concret à ce nouveau profil porteur de changement.

Trouver les meilleurs freelances, réussir l’intégration dans son entreprise de ces travailleurs indépendants, bien gérer et prendre soin de cette communauté (fidélisation), sont quelques-uns des thèmes abordés par cette formation, qui s’inscrit pleinement dans l’air du temps.



[1] Patricia Leigthon est professeure d’université, d’école de commerce et de management et, consultante pour les entreprises.

© Le Guide du Portage - 2019